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Le Blog

29
août
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Management et Leadership, de quoi parle-t-on ?

Êtes-vous un manager ou un leader ? Vous n’avez aucun des ces titres, cela veut-il dire que vous n’avez pas de leadership ? Si une personne est manager, est-ce que le management est un ensemble de personnes ? Le management, c’est l’art de manipuler les gens, non ? Avoir du leadership, c’est avoir du charisme et savoir parler au foule, non ? Est-ce que les leaders sont toujours en haut des pyramides ? Un manager a obligatoirement du leadership, non ?

J’ai lu beaucoup d’articles sur ces questions et je n’ai pas été satisfait jusque là, alors je tente d’apporter ma pierre à l’édifice par ce nouvel article.

Mon premier poste de manager du 20ème siècle

A ma sortie d’école, une fois lancé dans le grand bain de l’entreprise, j’ai rapidement eu envie de prendre des responsabilités et d’organiser le travail d’une équipe. Chef de projet, manager, les termes étaient confus mais le challenge me plaisait. Ma première expérience de chef de projet junior a été la responsabilité d’une équipe de développement en TMA (Tierce Maintenance Applicative). Je devais gérer le lien avec le client, les estimations, le staffing de l’équipe, la coordination des tâches, l’avancement du planning, la dimension financière et rentabilité, et la responsabilité de la qualité des livrables. Beaucoup de tâches que je cherchais à automatiser au maximum : quand on est fainéant, on cherche le chemin optimum de moindre effort ;)

Mais le titre de manager m’était encore refusé, bizarre ce champ lexical… Henry Fayol, dans L’administration industrielle et générale, définit les 5 fonctions essentielles du manager : prévoir, organiser, commander, coordonner, contrôler. On trouve certainement là, le pourquoi je n’étais pas encore manager, il me manquait une fonction dont je n’avais pas la charge : commander.

1 an plus tard, voilà une nouvelle opportunité, je deviens manager IT, j’ai enfin le pouvoir de commander !!! Tiens mais commander, en français, ça sonne plutôt directif et autoritaire… Est-ce vraiment comme ça que les communautés humaines expriment leur potentiel ? Et puis c’est quoi ces demandes constantes de reporting, d’accumulation de preuves, de budget ?… Finalement est-ce que le management c’est vraiment pour moi ? On me dit à la fois que je suis un bon manager, mais pas assez autoritaire. Si les clients sont satisfaits, quelle est l’utilité d’être autoritaire ? Est-ce juste pour cocher la case « commander » ?

En entreprise, un manager, c’est tout simplement un noeud de l’organigramme hiérarchique. Dans la définition du 20ème siècle, les 5 fonctions essentielles de management dont le manager a la responsabilité sont de prévoir, organiser, commander, coordonner, contrôler.

Une meilleure connaissance de soi : manager ou leader ?

Prévoir, organiser, coordonner, contrôler l’activité, je savais faire, mais d’après mes responsables et les membres de mes équipes, j’étais un drôle de manager. Déjà je me refusais d’être directif, je savais prendre des décisions difficiles en contexte incertain, pour autant, j’estimais que pratiquer le contrôle-commande avec des êtres humains, c’était leur manquer de respect. Alors je m’attachais à développer la collaboration et l’auto-organisation afin de rendre un service optimum au client et en minimisant l’usage du contrôle-commande.

J’ai également occupé le poste de chef de projet transverse. Le dernier terme est important, il signifie que ce n’est pas moi qui ait le pouvoir de commander aux parties prenantes du projet. Il faut alors faire preuve de négociation et de diplomatie pour réussir à faire passer les tâches auprès des managers de proximité afin de tenir les délais ! Je n’ai jamais trouvé la fonction diplomatie dans Microsoft Project, j’en ai conclu que ce n’était pas le bon outil pour mon activité.

Et puis, j’ai découvert que l’on pouvait faire la différence entre manager et leader. Voici comment le résume Antonin Gaunaud :

  • Un manager est désigné par sa hiérarchie, c’est un chef imposé à une équipe. Être un manager dans une entreprise est avant tout un statut. Le pouvoir du manager trouve son fondement dans l’organisation hiérarchique de l’entreprise.
  • Un leader, quant à lui, est reconnu comme tel par les membres d’une équipe. Être un leader dans une entreprise est une reconnaissance, non un statut. Le leader tire son pouvoir des relations qu’il noue avec les autres membres du groupe.

J’en ai conclu que je n’étais pas un manager mais un leader. Et pourtant j’avais bien été nommé par la hiérarchie… Et pourtant j’avais des subordonnés et non des suiveurs… Mais alors les deux ? À quoi servent-ils ?

Un leader a besoin de suiveurs consentants pour exister, s’ils n’en a pas, ce n’est pas un leader. Un manager a besoin d’une hiérarchie pour exister.

Le management c’est bien faire les choses, le leadership c’est faire les bonnes choses – Peter Drucker

Mon premier réflex a été de dénigrer l’activité de management au profit du leadership. Développer son leadership voilà quelque chose de plus noble, de plus sympa ! Mais au fait c’est quoi exactement le management ? Et le leadership ?

Le management désigne souvent 2 choses différentes : l’ensemble des managers d’une organisation ou l’activité d’un manager. Intéressons-nous à l’activité d’un manager. Henry Fayol nous a donné les 5 fonctions essentielles de cette activité, Frédérick W. Taylor fonde le management scientifique, la discipline reine de la gestion des entreprises. Pour paraphraser Peter Drucker, Taylor est un peu le Newton du management, mais il est regrettable que la plupart des entreprises utilisent une version primitive du management, depuis la révolution quantique a eu lieu !!!

Peter Drucker donne une définition simple et claire du management, wikipédia est un peu plus prolixe : « le management désigne l’ensemble des techniques de planification, d’organisation, de direction et de contrôle mises en œuvre dans une organisation afin qu’elle atteigne ses objectifs. »

Pourquoi alors dénigrer l’activité de management ? Elle est nécessaire dans toute organisation qui veut atteindre ses objectifs. Ce qui importe c’est le « comment ». Là où la plupart des entreprises utilise un système de management vieux d’un siècle, la science a avancé, sociologie, neurologie, systémique, etc… Quelques illuminés ont déjà mis à jour leur système de management et sont prêts pour la compétition féroce qui s’annonce.

Ma définition : le management est une technologie sociale qui permet à une organisation d’atteindre ses objectifs.

Si un manager a besoin de hiérarchie pour exister, le management n’implique pas nécessairement managers et hiérarchie. Le comment atteindre ses objectifs peut être réalisé autrement que par les pyramides et l’opposition managers / travailleurs.

Cette technologie sociale qu’est le management n’est pas une technologie figée, elle peut s’enrichir à la fois des apports des sciences humaines, mais aussi des possibilités offertes par les nouvelles technologies.

Et le leadership dans tout ça ?

Certains définissent le leadership comme un trait de personnalité, je ne suis pas de ceux là. Pour moi, le leadership est une action transformatrice, une action qui change quelque chose à l’équilibre qui existait et qui est suffisamment désirable pour emmener des personnes derrière elle. On l’a dit, le leader pour exister a besoin de suiveurs consentants, il a besoin d’avoir fait acte de leadership, d’avoir transformé l’équilibre précédent en un possible souhaitable par d’autres.

Le leadership n’est pas figé, il est dynamique et n’appartient à personne. Il circule dans un système humain pour s’incarner dans chaque créateur de possibles désirables. Leader aujourd’hui, mais peut-être pas demain, leader dans tel domaine, mais pas dans un autre.

Pour résumer

  • Le management est une technologie sociale qui permet à une organisation d’atteindre ses objectifs.
  • Le leadership est dynamique et caractérise la création d’un possible désirable par d’autres.
  • Un manager est un statut et a besoin d’une hiérarchie pour exister.
  • Un leader est éphémère et le reste tant qu’il emmène avec lui d’autres vers un avenir meilleur.

Merci d’avoir lu cet article jusqu’au bout ! C’est un exercice préparatoire aux prochaines conférences que je m’apprête à donner d’Octobre 2013 jusqu’à Mai 2014. Je serais ravi d’avoir vos commentaires pour m’aider à clarifier mes propositions.

Commentaires ( 12 )
  • Abelin says:

    Bien vu clair et a priori 2 belles familles complémentaires
    Et l’entrepreneur dans tout ça ?
    Le leader entraine les troupes vers un nouvel équilibre souvent sans role officiel de manager, mais en revanche avec la reconnaissance des troupes et la volonté de faire les bonnes choses…on pourrait dire que c’est le moteur du projet
    Le manager lui comme vous l’avez dit est désigné par la hiérarchie, il n’est parfois pas du tout expert sur le sujet pour lequel il est nommé et son role est de faire en sorte que tout cela fonctionne bien, il est souvent facilitateur on pourrait dire que c’est le tableau de commande du projet.
    Mais la troisième composante l’entrepreneur celui qui n’est ni manager, ni leader (encore que) mais qui a les idées, celui qui a la vision, qui sait comment faire pour la faire avancer d’un point de vue théorique. Mais qui souvent n’a ni l’envie, ni la volonté ni parfois les compétences pour porter ses idées….Celui la que l’on pourrait qualifier de carburant du projet est souvent reconnu comme expert, parfois aussi comme leader rarement comme manager et sans lui qui apporte le changement il n’y a rien à faire avancer.
    Donc je pense que c’est un équilibre à 3 plateaux dont l’entreprise a besoin et au delà des leaders au fort charisme dont tout le monde se souvient, au delà des managers dont on parle il y a aussi les entrepreneurs sans qui rien ne se passe.

    • alexis8nicolas says:

      Merci pour votre commentaire !
      L’entrepreneur est vital en effet, sans lui pas d’entreprise… Je pense que l’entrepreneur est un leader car il créée, par sa vision, par son entreprise, un futur désirable par d’autres (sauf si personne ne veut travailler avec lui ou si personne n’achète son produit, mais il y a fort à parier que dans ce cas, l’entrepreneur restera une simple idée dans un coin et non une entreprise viable). Je ne vois pas en quoi il se différencie du leader, pouvez-vous m’en dire plus ?
      Peut-être le voyez-vous différemment parce qu’il est un des rares à « devoir » porter les 2 rôles manager (PDG par exemple) et leader (car il créée un futur désirable) ? Je ne pense pas utile de créer un 3ème plateau, surtout que 2 c’est déjà trop… ;)

  • Axel AUBERT says:

    Alexis,

    Merci pour ce billet.

    Je t’invite à faire un tour dans des ouvrages au sujets de la dynamique de groupe ou les notions de Leader institutionnel et organisationel sont abordées en détail.

    Tu pourras sans doute trouver aussi intéressant d’aborder les notions d’Autorité vs. légitimité vs. crédibilité.

    Pas mal de sujet de fond au sujet des organisations en générale. Il y a aussi un bon nombre d’article anglosaxon qui traite du sujet leadership vs. management. Et donc bon courage pour tes conférence.

  • Brice de Gromard says:

    Merci pour l’article qui apporte une belle clarification entre Manager et Leader et surtout qui prend du recul sur le management. J’aime bien l’expression technologie sociale.

  • alice tranchellini says:

    Une nouveaux visionne du management très intèressant et innovative. Il manque une analyse sur la leadership feminine e masculine. Il peut aider a mieux intégrèr les diffèrences.

  • Jean-Luc says:

    Excellent la fonction « diplomatie » de Microsoft Project :-)

  • Catherine Brodeau says:

    J’aime, bravo!
    Pour ce qui est de l’entrepreneur, il est un leader.
    Il est celui qui ose, qui a le goût du risque, qui a plaisir à tenter car sa devise (consciente ou inconsciente) est : le seul risque que j’ai est de réussir!!.
    L’entrepreneur est doté de leadership. Par son énergie, son audace, il donne envie aux autres d’être avec lui car sa vie Et ce qui en dégage est savoureux!

    Pour moi, le manager du 21eme siècle est celui qui s’autorise à ETRE lui-même peu importe le modèle tayloriste imposé par son groupe, la société, les anciens, les anciennes conventions.

    Le manager du 21eme siècle fait intervenir la notion de plaisir dans le travail et cela pour lui-même en premier afin de pouvoir offrir à ceux-celles qui l’entourent ce plaisir d’être ensemble. L’ancienne convention, toujours présente dans de nombreuses sociétés, nous a mis en tête l’association manager /autorité contrôle. Quel plaisir y a t-il à être autoritaire? à contrôler? L’autorité me fait penser à colère et la colère à un malaise en celui qui lui donne vie…
    Parce que nous avons tout le confort possible (frigo, voiture, internet, chauffage, nourriture variée…), l’individu regarde son bien-être, son épanouissement, son plaisir à comment travailler! Nous sommes à l’ère du quantique, oui!

    Ainsi, l’ère du quantique est l’ère du « je fais parce que je suis » et non « je fais pour être ».

    L’autorité, le contrôle et la paperasse qui va avec ne fonctionne plus.
    Le manager du 21eme siècle donne l’envie à ses équipes de travailler ensemble dans la même direction avec vérité, partage, communion des talents de chacun et respect que le talent de l’un n’est pas celui de l’autre.
    Le manager veille au respect des valeurs élaborées et participe véritablement à travailler avec son équipe pour la satisfaction client en accord avec le CA à réaliser pour que l’entreprise continue d’exister.

    Nous ne pouvons plus faire l’économie du quantique!
    La durée de vie d’une entreprise réside dans la prise de conscience du manager dans l’importance de co-créer avec son équipe, de donner de la considération aux individus qui constituent son équipe, aux clients, aux fournisseurs…Le tout dans le respect et l’acceptation des différences dans le plaisir à être.

    En bref, pour votre conférence, j’ajouterai la notion de plaisir dans le travail, plaisir à être donc faire et non faire pour être, et l’atout humain primordial: considération.

  • Camille says:

    Excellent article, très bien documenté. Cependant, j’ai pu remarqué que vous ne parlez pas de l’entrepreneur, qui est vital à l’entreprise.

    • alexis8nicolas says:

      Merci ! L’article n’a pas la prétention d’explorer tout ce qui est vital à l’entreprise, simplement de proposer une clarification simple entre management et leadership, mais aussi entre management et manager, manager et leader, leader et leadership.
      Concernant l’entrepreneur, votre question rejoint le premier commentaire ci-dessus, et je vous renvoie vers ma réponse qui contient la question « pour vous, en quoi se différencie-t-il du leader ? ».

  • Vincent Daviet says:

    Bonjour Alexis,
    L’article est super. Pour qu’il soit encore mieux j’aimerais trouvé plus de liens entre manager et leader, que se passe-t-il quand on devient un peu les 2. A ce sujet, si cela t’intéresse j’ai suivi le MOOC Du manager au leader de Cécile Desjoux https://www.france-universite-numerique-mooc.fr/courses/CNAM/01002/Trimestre_1_2014/about
    Je peux te passer mes notes de cours.
    Au plaisir,
    Vincent

  • alexis8nicolas says:

    Merci pour ton commentaire Vincent !
    En effet j’ai travaillé la distinction entre manager et leader, plutôt à travers la distinction entre management et leadership d’ailleurs, mais pas les liens.

    La question du passage du manager au leader me paraît très abstraite, comme je l’indique pour moi un manager n’est qu’une position hiérarchique, hors je suis plutôt favorable à une diminution de la hiérarchie, voir à son évanouissement, donc pour moi la question du manager n’est pas de se « transformer en leader », mais de faire grandir le leadership pour devenir inutile. Et même cela ce n’est pas une question posée aux managers directement, mais aux PDG d’entreprises, aux actionnaires, qui ont une capacité d’influence beaucoup plus large… C’est pourquoi les passerelles entre manager et leader « m’intéressent » peu, c’est beaucoup trop orienté personnification, et pas assez organisation et règles d’ensemble :-)

  • Management et Leadership, de quoi parle-t-on ? ... says:

    […] Êtes-vous un manager ou un leader ? Vous n’avez aucun des ces titres, cela veut-il dire que vous n’avez pas de leadership ? Si une personne est manager, est-ce que le management est un ensemble de personnes ? Le management, c’est l’art de manipuler les gens, non ? Avoir du leadership, c’est avoir du charisme et savoir parler au foule, non ? Est-ce que les leaders sont toujours en haut des pyramides ? …..  […]

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