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Le Blog

16
Oct
stock invisible

Les stocks, même invisibles, coûtent très chers !

Toute personne ayant travaillé en usine, en grande surface, dans un magasin, dans un restaurant ou dans un hôtel comprend instinctivement que tout stock a un coût : la matière première non encore utilisée, des pièces qui s’accumulent entre les postes de travail, des produits alimentaires qui se rapprochent de leur date de péremption, des produits invendus, le poisson et la viande acheté sur le marché le matin ou des chambres non louées.

stock invisible

Qu’en est-il dans le monde des professions intellectuelles et du dématérialisé, là où ce qui se vend est proprement invisible puisque c’est de l’information ? Est-ce que le caractère invisible de l’information implique qu’il n’y a pas de stock ? Que dire alors d’un plan de construction non fini d’un produit, d’un document informatique, d’un email non lu ou des lignes de code informatique non encore livrées ? Cette information accumulée et non encore vendue, non encore livrée au client final, est un stock invisible. Elle a un coût aussi important, voire supérieur, que la matière première jetée, ou la nourriture non utilisée. A minima ce coût correspond aux frais engagés jusque là, mais à cela il faut ajouter le coût que l’information initiale se périme, le coût de ne pas fournir l’information attendue par le client, le coût de l’impact d’un événement externe sur l’information accumulée. Dans ce monde dématérialisé, le facteur dominant est le délai, le temps qui passe entre l’information qui entre et celle qui sort, c’est pourquoi le coût de ces stocks invisibles se nomme le coût du délai.

10 fois plus cher que les coûts habituels ?

Il ne serait pas surprenant pour une entreprise du domaine des professions intellectuelles (banque, assurance, éditeur logiciel, recherche et développement) de constater que le coût du délai représente 10 fois, ou plus, la base de coût « sous contrôle » : les salaires, le parc informatique, les contrats de maintenance, les contrats de sous-traitance, le stock visible. Oui, vous avez bien lu, 10 fois, c’est la découverte que j’ai fait en faisant un exercice proposé par Don Reinertsen dont j’ai organisé la formation début Octobre. Et le pire c’est que ce coût du délai est complètement ignoré des suivis financiers de ces entreprises, il suffit de demander « combien vous coûte l’ensemble des développements informatiques en cours et non livrés en production » pour s’entendre dire : rien !!!

Les 10% d’économies de frais de fonctionnement pourraient ne représenter que 0,1% des coûts totaux !

Le calcul du coût du délai doit tenir compte de la nature périssable de l’information, du risque de ne pas fournir le service acheté et de l’impact de l’environnement et de l’incertitude sur l’information. Il ne serait pas surprenant qu’après avoir cherché à faire des économies de 10% sur les coûts « sous-contrôle », on se rende compte que ces économies ne représentent plus que 0.1% des coûts totaux ! Ces économies sur les coûts « sous-contrôle » ont parfois des impacts humains dont les licenciements, et pourtant dans beaucoup de cas, elles sont dérisoires par rapport à une réduction des coûts du délai.

6 indices pour répondre à la question « est-ce que votre organisation souffre de coûts du délai exorbitants ? »

Malheureusement ces coûts ne sont pas suivis dans les bilans financiers, alors comment savoir s’ils posent un problème dans votre organisation ? Voici 6 indices qui peuvent vous servir d’alerte pour déclencher une analyse plus poussée :

  1. Votre organisation suit le « taux d’utilisation » des employés et cherche à atteindre 100%, peut-être êtes-vous déjà à 95% de taux d’utilisation ? Dans ce cas réagissez vite, vos coûts du délai sont probablement supérieurs à 10 fois votre base de coût récurrent !!!
  2. Les délais de développement que vous constatez sont trop élevés entre la demande et la livraison au client (interne ou externe).
  3. Les employés de votre organisation travaillent en moyenne sur 4, ou plus, tâches en parallèle.
  4. Malgré des programmes de transformations Lean, et ou Agile, depuis 4-5 ans, rien n’y fait, votre business ne va toujours pas assez vite et doit encore gagner en agilité.
  5. Impossible pour votre organisation de dégager du temps pour l’innovation (ou toute autre activité collective), elle est bloquée par l’urgent et par la somme de travail en attente.
  6. A choisir entre 4 projets à prioriser, les 4 sont lancés en même temps (en prenant l’hypothèse erronée que plus on commence plus on en fait) et la priorité haute est donnée à celui qui a le meilleur ratio profits / coûts.

Si vous identifiez un ou plusieurs de ces indices dans votre organisation, alors il y a de fortes chances que vos stocks invisibles coûtent très cher à votre organisation. Agissez vite !

4 pistes pour réduire le coût de vos stocks invisibles.

Heureusement les coûts du délai ne sont pas une fatalité, Dans son dernier livre The Principles of Product Development Flow, Don Reinertsen nous décrit en détails comment faire, en voici quatre pistes extraites de son livre pour les réduire :

  1. Visualiser, analyser et gérer les files d’attentes d’information dans l’organisation.
  2. Réduire la taille des lots afin de trouver le juste équilibre entre coût du délai et coût de transaction.
  3. Contraindre le nombre de projets, ou de tâches de travail, en cours.
  4. Prioriser les projets selon leur coût du délai et leur durée estimée.

Tout est histoire de bonne décision économique.

D’anciennes habitudes se sont profondément ancrées dans les organisations : économies d’échelle, processus de développement séquentiels, maximisation du taux d’utilisation, etc… Ces habitudes peuvent devenir dangereuses pour la santé de l’entreprise à partir du moment où elles sont appliquées dogmatiquement sans en comprendre les implications économiques profondes, et les conséquences sur les flux d’information au sein des organisations. Soyons vigilants et passons le message autour de nous !

Pour aller plus loin

Commentaires ( 5 )
  • Brice de Gromard says:

    Merci pour cet article. Je trouve la notion de coût de délai très intéressante car elle permet de mieux appréhender le coût global.

    Personnellement, je comprends que des goulots d’étranglement se forment du fait d’une sur utilisation de certaines ressources. Du coup d’autres resources (mises en attente) sont finalement très faiblement utilisées => coût du délai.

    On aurait donc un fort déséquilibre entre des ressources sur exploitées et d’autres pas du tout. Une meilleure gestion limiterait ce type de déséquilibre réduisant ainsi les goulots d’étranglement.

    • alexis8nicolas says:

      En effet, les goulots d’étranglement sont une conséquence de la sur-utilisation, au moins dans la dimension théorie des contraintes.
      Au-delà de cette recherche d’équilibre de la capacité, il y a aussi la recherche de la diminution du coût des dossiers qui s’accumulent devant les goulots d’étranglement. Chaque information qui attend d’être traitée est un stock, dans une usine on sait depuis longtemps que ces stocks ont un coût, l’information qui attend est un stock invisible et a aussi un coût ! Cette (meilleure) gestion des files d’attentes a pour effet de lisser la charge au-delà du goulot d’étranglement, mais aussi, et surtout, de diminuer les stocks invisibles, donc le coût du délai.

  • Brice de Gromard says:

    Intéressant, en quoi une information non traitée est un coût ?

    • alexis8nicolas says:

      On en parle demain matin ;o) mais pour partager avec d’autres lecteurs qui se poseraient la même question : une information qui n’a pas encore rencontré son client, porte en elle un lot d’hypothèses qui ne seront validées qu’une fois l’information « livrée ». Donc toute « information non traitée », en fait la somme d’un travail accumulé à l’intérieur d’un processus, porte une part de risque (les hypothèses non encore vérifiées), de gain non réalisé (une fois livrée cette information est censée générer un profit), de travail non vendu (le travail déjà réalisé pour construire cette information en cours de traitement). En cela, une « information non traitée » est un coût.

  • Brice de Gromard says:

    Hello,

    Suite à dernière discussion, je comprends qu’une information non traitée est un coût. D’où l’importance de produire l’information avec justesse afin d’éviter la surcharge d’informations non traitées.
    Il y a donc probablement une gestion économe de l’information à savoir mettre en place. Ce serait intéressant d’en définir les principes. Qu’en dis tu ?

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